L’île et les Lémuriens

Les lémurs mongos sont des animaux paisibles et sociaux. A Madagascar, ils vivent en groupes familiaux monogames tandis qu’aux Comores on les trouve en groupes importants et les adultes ne semblent pas former de couples, puis recommencent à se nourrir juste avant l’aube. Sur les plateaux plus froids et pluvieux de Ndzouani, on les observe souvent en pleine activité pendant la journée.

Toutefois, où qu’ils vivent, les lémurs mongos se distinguent par leur nature apparemment très pacifique. On les a rarement vus se battre entre eux, même pas pour leur habitat. Ils sont exclusivement arboricoles et c’est vers la cime des arbres qu’on les observe le plus souvent car ils ne descendent presque jamais au sol. Le lémur mongos, comme tous les autres membres de la famille des Lémuridés est végétarien. Cependant, si la plupart des autres espèces semblent avoir un régime très orthodoxe, se nourrissant de divers fruits, feuilles et fleurs, le lémur mongos apparaît plus spécialisé. Des observations faites au nord-ouest de Madagascar indiquent qu’il se nourrit principalement du nectar des fleurs de quelques espèces d’arbres seulement. Une étude montre que ce lémur passe la plupart du temps qu’il consacre à se nourrir à lécher le nectar des fleurs, le reste du temps étant passé à manger des fruits. On ne sait si cette règle se vérifie ailleurs mais il est probable que le nectar occupe une place de choix dans le régime de ce lémur.

Le lémur mongos a des ennemis naturels. A Madagas-car et aux Comores, il n’y a pas de grands carnivores mais certains des grands oiseaux de proie ou même le boa arboricole Sanzinia madagascariensis prélèvent sans doute à l’occasion un individu ou deux, probable-ment des jeunes. Malheureusement sa survie est menacée qui en sera surpris par le plus prolifique et le plus dangereux de tous les singes, l’homme. A Madagascar, le territoire du lémur mongos se limite au nord-ouest, région où la forêt est ravagée principale-ment par les brûlis qui font place nette pour les cultures ou le bétail. Les arbres où il vit disparaissant, le lémur mongos finira par subir le même sort. Les malgaches chassent aussi fréquemment les lémurs pour se nourrir et même là où il reste des arbres, l’animal trouve rarement la paix. Pour beaucoup, l’avenir du lémur mongos à Madagascar paraît bien sombre. Au Comores, la situation semble – du moins semblait jusqu’à ces dernières années – un peu plus positive. lan Tattersall, primatologue qui a étudié le lémur mongos, s’est rendu dans ces îles dans la deuxième moitié des années 70. Il a constaté que Moili, dont la population humaine est peu nombreuse (environ 40 habitants au kilomètre carré) était presque entièrement couverte d’une végétation ligneuse. Les lémurs mongos y étaient abondants partout, même dans les cocoteraies couvrant une bonne partie de l’île. A Ndzouani, où la densité de la population humaine est plus élevée (envi-ron 250 au kilomètre carré), les lémurs étaient beaucoup moins abondants dans les plaines littorales où la majorité de la population est installée. Dans l’inté-rieur de l’île, aux collines encore couvertes de forêts denses, humides et faiblement peuplées, les lémurs semblaient cependant plus abondants que n’importe où ailleurs. Les lémurs étaient rarement chassés tant sur une île que sur l’autre même si les enfants captu-raient parfois des petits.
Le lémur mongos est gravement menacé par la destruction de son habitat: la forêt. Pour garantir la survie de ces Prosimiens agiles, il convient de créer des réserves forestières de taille suffisante, dans l’aire de répartition de l’espèce.  La population humaine des deux îles a augmenté et la destruction des habitats naturels s’est fortement accélérée. Des voies de péné-tration ont été ouvertes dans les forêts de montagne de Ndzouani. Les lémurs, bien qu’ils ne soient rares en aucun cas, ont certainement vu leurs effectifs baisser et ce mouvement devrait se poursuivre, à moins que le déboisement ne cesse ou, du moins, ne soit fortement ralenti. Les Comorais n’ignorent pas le problème et les lémurs sont encore bien protégés, que ce soit par la coutume ou par la loi. Toutefois, protéger les lémurs ne suffit pas, à long terme, si l’on ne protège pas les régions où se trouve leur habitat. Certes, les Comores manquent des moyens financiers nécessaires à l’établissement de réserves forestières mais il n’est pas trop tard et, avec une aide extérieure, tout porte à croire que le lémur mongos enchantera les voyageurs de passage durant bien des années encore.

En savoir plus :

http://www.editoweb.eu/Valises-pretes-pour-Paris-Charles-de-Gaule_a29602.html