A 20 ans, ils cherchaient sous les pavés la plage, interdisaient d’interdire, lançaient: « Soyez réalistes, demandez l’impossible! » Ces garçons et ces filles qui avaient 20 ans en 1968… en ont 60 et plus aujourd’hui. Et même s’ils étaient à la campagne, loin des « événements », ou s’ils militaient contre, ils sont, malgré eux parfois, catégorisés « génération de 68 ». Jeunes ou futurs retraités, comment abordent-ils cette étape de la vie? Sont-ils aussi inventifs qu’autrefois?

Vous avez dit BooBos?

Laura, 64 ans, belle brune joviale et enrobée, ancienne caissière de cinéma, vendeuse en librairie et hôtelière, a pris sa retraite il y a peu. « Fini les remplacements au pied levé à 7h du matin, les week-ends écourtés pour cause de fuite d’eau ! », se réjouit-elle. Alors, elle n’entend pas se faire « esclavagiser » par sa fille et ses deux petits-enfants. « Je les adore, je m’en occupe souvent, mais j’ai aussi autre chose à faire dans ma vie! » Et tant pis si ses stages annuels de jeûne en Forêt-Noire ne sont pas du goût de sa fille, elle revendique son droit au plaisir. Quel rapport avec mai 1968? Le refus des stéréotypes. Les sexagénaires d’aujourd’hui, que nous appelons les BooBos, pour Boomers Bohèmes, sont des enfants de 68, au sens où les valeurs de liberté et d’innovation continuent de les influencer ». Et on peut constater avec ce sondage que les quinquas, dans la perception qu’ils ont de leur soixantaine à venir, sont dans la même mouvance.  Tous les retraités ne sont pas des voyageurs compulsifs. Certains n’en ont ni les moyens ni l’envie. Mais le phénomène est néanmoins massif. À l’inactivité, a succédé souvent une forme hybride d’activité. « On parle des retraités comme des «inactifs», juste bon à s’occuper de leur linge de maison ce qui est une représentation parfaitement fausse: ils sont parfois plus actifs que bien des actifs. Ils sont hyperprésents dans les associations, dans l’aide à des proches, comme élus locaux, dans les solidarités de proximité ». Récemment, un mouvement semble se dessiner: au bénévolat, on préfère une forme d’activité ré-munérée, même modestement, au motif que « tout travail mérite salaire ».  Le cumul emploi-retraite favorise le maintien d’une certaine forme d’activité professionnelle rémunérée.  Là où la dévotion à la famille était quasi obligée, que voit-on? Une revendication de liberté de mouvement.  Les petits-enfants, c’est important, tout le monde en convient. Mais « chacun sa vie ». Pour d’autres, ravis de rendre service aux enfants et de créer des liens forts avec les petits-enfants, le rythme se fait parfois infernal, avec les sorties de crèche et d’école, la journée du mercredi, les vacances scolaires, au point que même les plus serviables commencent à rechigner. « C’est tout de même fatiguant. On ne peut plus partir quand on en a envie et il n’y a plus de limite ». Les sexas seraient-ils égoïstes? C’est le reproche qui pointe. « Revendiquer le droit à se faire plaisir, ce n’est pas de l’égoïsme ». On rêve, pourquoi pas, de colocation; on se pressent plus ou moins déresponsabilisé ou pas pris au sérieux; on a peur d’être considéré comme un parasite, vivant aux crochets de ceux qui travaillent. » Comme à l’adolescence, on cherche à se situer. Est-on vieux, est-on encore jeune? Jusqu’à 75 ans, on pense toujours avoir dix ans de moins, affirment les gériatres. Quoi de plus normal qu’à 65 ans, en pleine forme physique et mentale, on ne se sente pas vieux. D’autant plus qu’on refuse le paquet cadeau du grand âge: respectabilité, autorité, distance avec les plus jeunes. C’est sans doute ce besoin de discu-ter, de penser sa retraite à venir ou toute neuve, qui caractérise le plus cette génération.